11 novembre 21 : un jour de congé ?

Les mots de l’échevine Françoise Vansaingèle

Tirer les leçons du passé

Mesdames, Messieurs, chacun en vos titres et qualités,
Et surtout chers enfants car c’est particulièrement à vous que s’adresse ce message…

Le 11 novembre, c’est une date qui vous parle : en effet, chaque année, cet anniversaire vous donne droit à un jour de congé…

Pas d’école ce jour-là car c’est un jour férié ! Nul doute que vos enseignants vous ont expliqué à quoi correspond cette date. Je ne vais donc pas m’étendre sur la 1ère guerre elle-même, mais plutôt vous parler de la vie des enfants et adolescents de votre âge durant cette longue période de 4 ans.

Imaginez les enfants de votre âge… 10 ou 11 ans en 1914 quand commence la guerre, 14 ou 15 ans en 1918 quand elle se termine …

Pour les élèves du Trèfle, c’est encore plus marquant… 14-15 ans en 1914 et 18-19 ans en 1918. Cela veut dire qu’on estimait qu’ils étaient en âge de se battre et ils étaient mobilisés pour aller au front, à 17 ans, à peine sortis de l’enfance…Certains jeunes, persuadés qu’ils devaient rejoindre leur père au combat, trichaient sur leur âge pour pouvoir être soldat. Et c’est ainsi que des jeunes de 15-16 ans faisaient croire qu’ils en avaient 17, s’inventaient un faux nom et dans la confusion qui régnait à l’époque, on ne vérifiait pas leur âge et leur identité et ils s’engageaient volontairement sans l’accord de leurs parents….

Puisque l’on parle d’école, attardons-nous à l’école de cette époque… Pendant la guerre 1914-1918 , les directions d’école et les enseignants recevaient des consignes à respecter : on exigeait que la première leçon de la journée soit consacrée à la guerre… Les élèves suivaient jour après jour l’actualité des combats, la progression de la ligne de front et les décès des soldats du village. Les images du front, tirées de la presse quotidienne ou envoyées par le ministère de l’Instruction publique, sont utilisées par les enseignants et affichées aux murs de la classe. La lecture des nouvelles du front inspirent des dessins aux élèves, et ceux-ci sont également affichés sur les murs de la classe.

L’instituteur devait faire de ses élèves des ardents défenseurs de la Belgique. Il choisissait des dictées qui vantaient le courage des soldats. Durant la leçon d’histoire, les Belges étaient décrits comme des soldats courageux fiers de défendre leur pays tandis que les Allemands y étaient présentés comme des brutes. On encourageait les enfants à cultiver la haine de l’ennemi !

La guerre s’immisce également dans les jeux : dans la cour de récréation de l’école, les enfants jouaient aux soldats. Ils se divisaient en deux camps. Des blessés « pour rire » se laissaient tomber et des brancardiers arrivaient. C’était la petite guerre et, tous les jours, sans jamais se lasser, les enfants jouaient à la guerre.

La mobilisation des élèves est également matérielle : les fillettes visitent les blessés dans les hôpitaux, accommodent leur linge, participent à des quêtes en faveur des œuvres de guerre, soutiennent les combattants ou prisonniers par l’envoi de lettres et de colis. Les jeunes filles s’engagent à la Croix-Rouge comme infirmières…

La vie continuait malgré l’absence des soldats : les pères, les frères adultes, les maris, les fiancés étaient partis se battre. Dans les villes et les villages, il ne restait que des femmes et des enfants. Peu d’hommes y étaient présents : uniquement ceux qui étaient trop vieux ou alors porteurs d’une maladie ou d’un handicap. Tous ceux qui étaient restés « à l’arrière » constituaient la population civile. Et celle-ci souffrait énormément de la guerre. La vie économique s’était arrêtée. Ils supportaient difficilement l’absence ou de la perte des soldats. Ils souffraient de la faim. On voyait dans chaque ville ou village des files de personnes qui attendaient la distribution de portions limitées de nourriture qu’ils recevaient en échange de tickets de rationnement car la nourriture était rare.

Les jeunes garçons ont dû arrêter d’aller à l’école pour remplacer leur père mobilisé et faire vivre leur maman, leurs grands-parents et leurs frères et sœurs. C’est ainsi qu’à peine sortis de l’enfance, ils devenaient responsables de la famille et devaient effectuer les durs travaux des champs ou des métiers manuels pour remplacer le père absent et continuer le travail comme maçon, ramoneur, ouvrier agricole ou autre.

Dans les zones de combat, aux alentours de Dixmude et d’Ypres par exemple, les familles étaient encouragées à mettre leurs enfants dans un train à destination de la France ou de la Grande-Bretagne, afin de les protéger des batailles proches. Ils y séjournaient dans des colonies scolaires. Près de 7000 enfants ont été accueillis dans ces centres. Ils étaient loin de la guerre mais… ils vivaient loin de chez eux, séparés de leurs parents. Beaucoup de ces enfants n’ont pas revu leur famille pendant 3 ou 4 ans…