Lundi Perdu … lundi parjuré …

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Extrait du Lapin du lundi perdu – Albert Coens

« Quand, dins m’camuche, on a v’nu m’querre Pou m’conduir’ jusqu’à l’plach’Saint-Pierre, Je n’saveos pos ç’qui m’attindeot, J’pinseos mêm’ vir ein’séquoi d’bieau…Au lieu d’cha , on m’a assommé, écorché, saigné, dépieauté, Et m’fourrur’, sans qu’on me l’demante, On l’a vindu , trois francs chinquante ! Un LUNDI PERDU confiné… Les lapins s’en réjouissent ! »

remanié et diffusé par Françoise P.

Bonjour ! voici ma recette du lapin à la pecquoise !

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Patrick D., notre cuistot !
  • Colorez le lapin (des cuisses de préférence, car plus présentable sur l’assiette)
  • Faites revenir oignons, échalotes, ajoutez sel et poivre,
  • Mouillez à hauteur avec
    • de la bière brune
    • un peu de Porto,
    • et, petit secret du Chef, une zouguette de Grand Marnier,
  • Ajoutez du pain d’épices tartiné de moutarde de Dijon
  • Faites mijoter lentement +/- 1h30 à 1h ¾
  • Ajoutez les pruneaux et un peu de cassonade brune
  • Servez avec des pommes vapeur et n’oubliez pas la salade à la tournaisienne !
  • N’oubliez pas de rectifier l’assaisonnement et la consistance avant de servir

Bon appétit les amis !
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Le troisième réveillon ..

lapin carottesLe lundi qui suit l’Epiphanie (vous savezle 6 janvier, jour où les rois mages arrivent à destination et où l’on mange la « Galette des Rois »), les tournaisiens fêtent leur  réveillon : le lundi parjuré ou lundi perdu.

C’est une histoire qui remonte au Moyen-Âge[1], à l’époque où les seigneurs faisaient la justice eux-mêmes. Lors d’assises en plein air, ils invitaient les gens qui dépendaient d’eux à dénoncer – sous serment – les crimes dont ils n’avaient pas eu connaissance. C’était pour eux un jour perdu pour le travail – d’où l’expression « lundi perdu »

Depuis le milieu du 19e siècle, la fête n’a pas subi de modifications importantes sauf une tendance, après 1945, de la célébrer en groupe, voire au restaurant, plutôt qu’en famille.

«Lundi perdu » ou « lundi parjuré » ?

Pas d’inquiétude … les deux expressions cohabitent ! Et si le « lundi perdu” s’explique clairement, le « Lundi parjuré » divise les historiens : retenons la définition la plus couramment acceptée : « Il est plus que probable que le terme « parjuré » a rapport avec la morale, c’est-à-dire avec le serment prêté : soit : « jurer solennellement », ‘par’ marque l’idée de perfection, comme dans parfaire (faire jusqu’au bout. C’était donc le jour du grand serment, le serment total. »

Lapin tout nu et jeu de fer

Le roi de la table était –comme il le reste toujours aujourd’hui- le lapin.

« A Tournai,  pou bin fair’ ceull’ fiête, l’ceu qui n’a pos d’lapin n’a rien ! » (Achille Viart – 1850- 1926). Ce lapin provenait soit du marché de la Place Saint-Pierre où l’on assistait, le matin du lundi perdu, au «  décarcassache », soit d’un prix gagné à quelque jeu, de fer ou de cartes dans un cabaret du coin ou encore des cadeaux reçus des fournisseurs.

Demandez le programme !

Voyons quel était, en ces temps éloignés, le programme de la journée. Dès le matin, les femmes se préoccupent du repas. Pour les hommes, c’est le jour de sortie ! Ceux qui n’élèvent pas de lapin et qui n’en ont pas gagné la veille, sont chargés de l’achat. Vers 16h, il y avait déjà un premier repas : la petite saucisse ( étrennes du boucher) servie avec des choux cuits au saindoux, ou avec de la compote de pommes ( choux ou pommes étaient les étrennes du marchand de légumes). Ce petit acompte permettait d’attendre le plat de résistance qu’on servirait quelques heures plus tard : le lapin.

azraelLapin d’nochère 

Avoir un lapin à mettre à table ce jour-là, était signe d’aisance. C’est pourquoi, une fois écorché, le lapin était pendu à une fenêtre, vers l’extérieur, soi-disant pour qu’il soit plus tendre d’avoir été pendu au froid, mais en réalité, surtout et avant tout, pour que les amis, connaissances et voisins, sachent qu’on avait un lapin à se mettre sous la dent. Les plus pauvres n’hésitaient pas à se farcir un « lapin d’nochère » pauvre matou sacrifié pour la circonstance.

« J’aveos pourtant d’mandé à Dieu/ De n’pos m’fair’ morir à p’tit feu » –  Albert Coens

Les pièces du lapin sont rissolées puis cuites avec des oignons blondis dans le beurre. Arrosé d’eau, le lapin mijote une ou deux heures. A la fin de la cuisson, on y ajoute pruneaux et raisins qu’on a eu soin de faire gonfler dans l’eau bouillante (pas trop tôt , de crainte qu’ils se démêlent). C’est « l’lapin à l’tournaisienne, aux preones et aux raisins » ! On le sert avec des pommes vapeur. C’est un crime de lèse folklore de le servir avec des frites ou des croquettes !

Le repas se termine par la salade tournaisienne où se retrouvent des morceaux d’échalotes, moutardes, sel, poivre, huile, vinaigre, mâche, haricots, chou rouge, betterave rouge, céleri rave, chicons, barbe de capucin, pissenlit, pommes, ainsi que des oignons cuits au four avec leur pelure et découpés dans la salade. Une tranche de mutiau accompagne le tout.

Screenshot_2021-01-07 Anciens Billets des Rois imprimés par Donat Casterman - feuillet-billets-des-rois pdf(2)Vive le roi !

A Tournai, les deux fêtesRois et Lundi perdu n’en font généralement qu’une. En début de repas, on tire les « billets des Rois », afin d’attribuer à chaque convive un rôle déterminé, dont celui de « Roi».

ET … chaque fois que le roi boit, les convives doivent boire aussi… Malheur à celui qui ne boit pas ! il sera noirci au bouchon « broussé », par le convive que les cartes ont désigné comme « seot » = fou.

 

Bon appétit à toutes et tous…Et un bon royaume !

    

Texte rédigé par Emilie Lysen-Piron, avec la complicité involontaire de Lucien Jardez (pecquois de naissance), d’Albert Coens, d’Achille Viart, Donat Casterman (les billets du roi) et la collaboration bien involontaire de « gazettes » plus ou moins récentes et du site internet de la Ville de Tournai ….

https://www.tournai.be/decouvrir-tournai/traditions-et-folklore/le-lundi-perdu-ou-lundi-parjure/les-billets-des-rois-une-tradition-dans-la-tradition.html

https://www.tournai.be/decouvrir-tournai/traditions-et-folklore/le-lundi-perdu-ou-lundi-parjure/des-origines-qui-remontent-a-plus-de-700-ans.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Jardez (pecquois de naissance !)

https://pcd.wikipedia.org/wiki/Achille_Viart

https://www.notele.be/it9-media62409-la-chanson-d-albert-coens-qui-celebre-le-lundi-perdu.html

https://www.facebook.com/notele.be/videos/634871113241951

 

 

 

 

 


[1] l’abbé de Saint-Martin, à Tournai, écrit en 1281 : «Selon une ancienne coutume, les citoyens les plus aisés et leurs fils se réunissent fraternellement autour d’une table ronde et élisent un roi».